News

Lex in IT

Art et droit

Versión en españolNous vous proposons dans ce billet les quelques mots d’introduction que Miguel Garre a eu l’honneur de prononcer, avant les interventions de  Maître Maddalena Mazzoleni, avocate et professeur à Padoue et Maître Louise M. Cherkis, Avocate chez Smith Mazure, inscrite au Barreau de New York, le 13 avril 2012 à Malaga.

 I) ART ET DROIT

 Art et Droit est un cycle de conférences né de l’accord souscrit entre les Musées Picasso de Paris, Malaga et Barcelone et les Barreaux de ces trois villes qui ont un Musée exclusivement dédié à la l’œuvre de l’artiste de Malaga.

 Précisément dans la ville natale du peintre, au sud de l’Espagne, a eu lieu en Avril 2012 le dernier de ces colloques qui a réuni des avocats et autres professionnels, venus de France, d’Italie, d’Espagne, des États Unies ou du Japon, autour d’un programme ambitieux et attractif dédié à l’Art et aux Nouvelles Technologies. Concrètement, ont été examinés des thèmes comme la marque artistique universelle, les icônes de l’art, la dation en paiement ; le droit d’auteur dans les jeux de vidéo ; la fiscalité, le blanchiment d’argent ou les catalogues et fonds d’art ; la piraterie au Japon ; les musées, les enchères ; les problèmes juridiques liés aux nouvelles formes d’art comme la robotique, les œuvres inachevées par l’auteur (achevées par le visiteur lors de l’expo), ou les œuvres interactives, l’art immatériel, l’art génétique ou la vie artificielle ; et enfin les relations entre l’architecture, l’art et les nouvelles technologies.

 II) ART, ARCHITECTURE ET DROIT

 Nous nous centrerons ici sur ce dernier sujet afin d’aborder plus en détail le contenu d’une partie de ce riche programme.

 En premier lieu, nous nous interrogeons sur la place de l’architecture dans un  colloque dédié à l’art et le droit de nouvelles technologies.

 A) Au sujet de l’Art et de l’Architecture. L’influence de l’un sur l’autre est très importante et trois précisions préliminaires s’imposent :

 Premièrement, le mot d’architecture recouvre des sens fort éloignés. L’architecture SOA n’est pas l’architecture technique ou classique, ou l’architecture d’intérieur.

 Deuxièmement, il faut noter qu’au XIXe siècle, l’architecture  s’émancipe des autres arts plastiques. Concrètement, en 1794 est créée à Paris l’École Polytechnique, qui forme des ingénieurs ; en 1806, dans la même ville, l’École de Beaux Arts forme des architectes. A partir de là, les disciplines se séparent par la formation et l’écart se creuse avec l’apparition de nouveaux matériaux comme le fer, le verre ou le ciment.

 Enfin, les éléments classiques de l’architecture pourraient être appréhendés  comme une forme d’art. Marco Vitruvio Polion, architecte de Julius Cesar, publia en 10 volumes au premier siècle avant notre ère le plus ancien des traités sur l’architecture qui ait été conservé ; au cœur de sa réflexion se trouvent les trois éléments de l’architecture, Firmitas (Solidité), Utilitas (Utilité) et Venustas (Beauté).

 21 siècles plus tard, l’architecte américain Ricahrd Meier se pose la même question et nous dit : Tous les bâtiments ne sont pas architecture. Il y a beaucoup de bâtiments qui n’ont rien à voir avec l’architecture mais avec l’économie. Créer une œuvre architectonique est créer une œuvre d’art.

 Ainsi, nous nous risquerons à proposer que la relation Art-Architectureet Architecture-Économie serait la même que celle qui existe entre l’art et la décoration, une œuvre d’Andy Warhol et un tableau Ikea choisi en fonction des tonalités de notre salon.

 B) Par rapport au Droit et à l’Architecture.

 Nous devons laisser de côté les aspects sociologiques qui lient l’architecture avec le pouvoir politique vu la complexité du sujet et l’extension d’une telle analyse. Signalons néanmoins, que les dictatures se sont particulièrement employées à cadrer l’architecture comme voie d’imposition de  l’idéologie, en identifiant la ‘beauté’ avec la ‘vérité’ de leurs régimes.

 Concernant les relations entre droit  et architecture, on retiendra trois questions qui taraudent l’avocat, le juriste ou le professionnel du droit.

 1) Le patrimoine historique et culturel et la protection de bâtiments.
Avec une certaine distance, on peut considérer qu’une voie romaine mérite protection face à un nouveau centre commercial ; avec une certaine distance, car les églises en Andalousie datent du XVIe siècle et en même temps très peu de mosquées de cette époque. subsistent (Les églises du XVIe siècle sont en réalité d’ anciennes mosquées du VIIe Siècle)

 2)La propriété intellectuelle et l’architecture.

 Il s’agit du droit d’auteur, des marques et des brevets et sa relation avec l’architecture.

 3) L’urbanisme.

 Les lois d’expropriation d’intérêt public, les lois d’e salubrité publique ou la réglementation des logements sociaux. On peut illustrer par quelques exemples :

 a) Haussmann à Paris. Il a été nommé membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1867 ; il a transformé 60% des bâtiments de Paris à l’époque. En réalité, Napoléon III avait vu dans certaines banlieues de la ville, non seulement des endroits malsain, mais des poches de résistance politique et de rébellion

.b) Gaudi et le modernisme sont rendus possibles par Cerdà dans la Barcelone du XIXe siècle. En 1854, il est décidé de briser les murs qui entouraient Barcelone et une ordonnance d’extension de la ville est prise. En réalité, Isabel II a imposé son plan, celui de Cerdà en réalité, plan plus moderne d’ailleurs, contre l’avis de la Mairie de Barcelone qui avait désigné vainqueur du concours de redéfinition de la ville l’architecte Antoni Rovira i Trias.

c) En 1956 est créée Brasília, capitale administrative du Brésil, à partir des principes hérités de Le Corbusier ; le choix de l’emplacement sera finalement à l’intérieur du pays pour réparer les défauts de la colonisation qui avait favorisé le développement du Brésil sur les côtes.

En fin de comptes, et pour revenir à la ville splendide qui nous a accueillis, pour revendiquer Picasso la ville ne doit pas se contenter de créer des événements culturels autour de sa mémoire. La vente de tee-shirts ornés de l’emblème « j’aime Picasso »  ne suffit pas. Un plan général d’urbanisme dédié à réconcilier l’art du génie et l’architecture de la ville, qui laisse la porte ouverte à un projet de quartier cubiste, ou la conciliation de la force de la peinture et de la sculpture de l’artiste avec la nouvelle vision de la ville désirée, ceux-là, oui, peuvent être considérés comme de vrais défis pour une ville. Remue-méninges en perspective chez les architectes, sculpteurs, peintres, avocats (toujours nécessaires) et ingénieurs.

 Miguel Garre (info@garreavocat.com)

Leave a Reply

*